Les origines du Club de Curling Lachine

 

L’histoire du club de curling de Lachine a débuté alors que le Canada célébrait son premier quart de siècle. Du point de vue tant social qu’économique, ces premières vingt-cinq années de la Confédération Canadienne furent remplies d’incertitude et de tourmente. Alors que des radicaux Irlandais-Américains attaquaient des villages de campagne canadiens et que l’intolérance radicale et religieuse s’intensifiait avec l’exécution de Louis Riel, les Canadiens traversaient la pire récession économique du 19ième siècle.

Durant les années 1880, cependant notre jeune nation démontre des signes de maturité et de développement économique. De nombreuses industries s’établissent le long du canal Lachine, ce qui apporte une certaine prospérité à la région de Montréal. Un nouveau pont ferroviaire à Lachine fut un element-clé vers la construction d’un chemin de fer transcontinental, de l’Atlantique au Pacifique. L’arrivée de nombreux immigrants augmente sensiblement la population des six provinces du Canada d’alors. Ces nouveaux Canadiens devaient générer une force de travail qui contribua largement à faire de l’agriculture et des industries minières et forestières le pivot de l’essor économique que connaissait enfin le Canada. En même temps, des hommes d’affaires entreprenants de la région créaient des industries ou établissaient des compagnies qui devaient éventuellement acheminer le Canada vers le 20ième siècle. Ceux-ci avaient aussi besoin de détente et de divertissements surtout durant les longs hivers canadiens et en ont improvisé les moyens.

Beaucoup d’entre eux prenaient plaisir à patiner avec les membres de leur famille. A Lachine, un des coins favoris où pratiquer ce sport était sur les eaux glacées du ruisseau qui coulait alors près de la 34ième avenue. Les têtes dirigeantes de la communauté décidèrent éventuellement de construire une patinoire. Albert Dawes, propriétaire de la brasserie du même nom, leur offrit une parcelle de terrain à cette fin, un lot située à l’est de ce qui est maintenant la 32ième avenue.

Tout d’abord on fonda le Lachine Skating Club en 1887. Puis, en 1891, on érigea un pavillon où les patineurs pouvaient aller se réchauffer les pieds. Un an plus tard le patinage en soirée devint plus achalandé, surtout après qu’on eut remplacé les lampes à l`huile par dix réflecteurs incandescents. Les évènements sociaux, tels les thés en après-midi, se multipliaient et gagnaient en popularité. On en faisait même l’annonce aux moyens d’affiches “posés aux murs de la gare de chemin de fer Grand Tronc” sur le quai de Lachine.

En 1892, des membres du club de patinage, réunis sous la direction d’un certain M. Philips, recommandent qu’on inclut au programme récréatif d’hiver ce sport Écossais, le curling! Une autre résolution fut aussi proposée “qu’on ajoute une portion de glace à la patinoire existante réservée uniquement à ce nouveau sport”. Ce M. Philips devait être un ardent amateur du curling! A une assemblée tenue le 8 novembre 1893, il proposa que le Lachine Skating Club achète “huit paires de pierres de curling”. Huit jours plus tard, il propose que des “installations électriques” soient érigées immédiatement, “incluant les poteaux”, pour éclairer la surface de glace réserve au sport du curling. Alors que le Lachine Skating Club devenait le Carrefour des activités de curling pour l’ouest de l’île de Montréal, le club fait une demande d’adhésion et est accepté membre de la filiale canadienne du Royal Caladonian Curling Club. Suite à cette affiliation avec le R.C.C.C., le club de patinage changea son nom pour devenir le Lachine Skating and Curling Club.

En août 1894, le L.S.&C.C. apprit que le lot où se situe présentement l’édifice du club était à vendre. Une levée de fonds fut organisée parmi les résidents de Lachine au coût de $10.00 l’action. Le 29 décembre 1894 dame Mary E. Biggs, épouse de Samuel Shackell, accepta de vendre le terrain et le L.S.&C.C. s’en porta acquéreur. Afin d’en garantir l’accès une autre parcelle de terrain d’une largeur de vingt pieds à partir de la rue Union (maintenant la 42ième avenue) fut aussi incorporée dans l’acte de vente. Cette dernière fut utilisée jusqu’en 1983 alors que l’entrée principale du club faisait face à l’arrière des résidences situées sur la rue Broadway.

Lors de l’assemblée annuelle tenue le 7 novembre 1894 à l’hôtel Harvey’s une résolution fut déposé et par la suite adopté à l’effet que les actifs du Lachine Skating Club soient cédés au Lachine Skating & Curling Club sous conditions que ces derniers assument le paiements de taxes réclamées de M. Dawes suite à une hausse subite des taxes municipales; en somme, une obligation bien minime qui contribua à l’établissement en permanence d’un club de curling dans l’ouest de l’île de Montréal.

Les investissements pour établir les fondations du club sur une base permanente furent d’environ 3,000$, soit 1,746$ pour l’achat de la propriété et 1,300$ pour construire l’enceinte de curling et le club avec chauffage et électricité, et 35$ pour déménager le chalet des berges du ruisseau au nouveau site. Grâce à l’enthousiasme de gens comme les Philips, les Dawes, celui de Lachine fut le premier club de curling sur le ‘Lakeshore’, le sixième club de curling l’île de Montréal et le treizième au Québec. Maintenant, les curlers de Lachine pouvaient se mesurer au Caledonia, au Royal Montréal et au Thistle de Montréal , aux clubs de Québec et Ottawa, pour se mériter les trophées de la ‘filiale’ telles la coupe “Challenge” achetée en Angleterre en 1874 au coût de $700.00.

La première fois que Lachine a participé à une telle compétition fut le 26 décembre 1903. Deux équipes représentaient Lachine, une compose de M.M. K.G. Strathy, E.W. Strathy, G.W. Henry et du capitaine J.Edward. L’autre équipe composé de M.M. A. Johnson, Geo. Oliver, F.J. Craig et du capitaine R. Lucas. Le club Heather remportait le trophée par un pointage de 66 à 22. C’était la 120ième fois que le trophée était mis à l’enjeu et, d’après les archives, `c’était une journée très froides et la condition des pistes de glace était excellente`.

La première joute inter-club eut lieu en 1894 contre le club Thistle. A cette occasion on utilisa des pierres fournies pas les visiteurs. Après une joute de 16 rondes Thistle gagna par une marge de quatre points et leurs curlers furent chaudement félicités par les 64 membres du club Lachine, dont 37 étaient actifs.

M. AJ Dawes agit comme président durant une période de deux ans, soit de 1894 à 1896. Il fut suivi à ce poste par M. R. Bickerdike, m.p., sa résidence étant encore bien préservée sur la 47ième avenue.

Ce fut durant le terme d’office de M. Bickerdike que les jeux olympiques furent réactivés. Quoique que plus de cent ans se sont écoulés depuis ce renouveau des jeux olympiques, le sport favori de “Highlanders” et de millions d’amateurs à travers le monde vient tout juste d`être reconnu comme discipline olympique.

En 1897, on rapporte que certains membres ont voulu étendre le cercle de curlers aux autres résidents de Lachine “qui demeuraient à l’est de l’église catholique romaine” située à l’angle de la 15ième avenue. Vu l’étroitesse d’esprit et les attitudes de snobisme de certains membres influents du L.S.&C.C. d’alors, il ne leur était même pas permis d’assister en spectateurs au patinage ou au curling. Durant ces quelques années-là les critères établis pour devenir membre au club avaient été élaborés et imposés par un comité imbu de préjudices culturels et linguistiques qui exerçait une profonde influence quant à l’admissibilité des nouveaux membres. Malheureusement, nombre de gens de la communauté francophone actuelle de Lachine persistent à croire que notre club est un centre de récréation que pour les riches, les protestants et les anglo-saxons, un club réservé aux gens d’affaire influents, banquiers, docteurs et autres professionnels.

En 1910, suite à une mise en quarantaine d’une demande d’adhésion, un groupe de membres aux instincts plus démocratiques en ont forcé la révision et, par la suite, l’abolition de ces règlements. Malheureusement, on n’a pu retracer à travers les archives du club le nom de cet individu fort populaire du temps qui a su provoqué cet heureux changement.

La section des dames du club de curling naquit l’année de la ruée vers l’or au Yukon en 1898. Le coût d’adhésion était de 1$ par année. Les dames ne pouvaient jouer au curling que lorsque les hommes étaient au travail. Les hommes avaient aussi droit d’exercer leur priorité si des changements soudain de température “occasionnaient des modifications” à l’horaire des activités de curling des hommes. Quatre-vingt-quatorze ans plus tard l’égalité des sexes a officiellement été reconnu lors de récents changements apportés à la charte du club.

Le programme junior de curling a débuté en 1899 alors qu’on permit à un groupe de garçon triés sur le volet de jouer au curling durant une période de deux heures chaque soir à partir de six heures et le mardi, par exception, toute la soirée sur une des deux pistes de glace.

En revoyant les archives, quelques items nous rappellent qu’on pouvait louer un casier au coût de $0.25 pour toute la saison (le prix d’un gallon de lait ou d’une livre de café); le revenu ainsi retiré des frais de location des casiers défrayait environ le tiers du salaire du préposé à l`entretien des pistes de glace durant les trois mois que durait la saison de curling. Un exemple de dévouement au sport du curling a été démontré par les membres lorsqu’en 1897 une assemblée générale a débuté à huit heures p.m., la vielle du jour de l’an.

Les joueurs de curling, vers la fin des années ’90 (1890) étaient des gens énergiques et enthousiastes qui, durant les joutes qui duraient 14, 18 et même 21 manches, étaient aussi devenus adaptes à lancer les pierres autour, à travers et (?) au milieu des flaques d’eau sur la glace. Alors que la glace artificielle n’était qu’un rêve, les curlers priaient pour une période soutenue de temps froids pour les douze semaines que durait la saison de curling, soit de la fin de décembre au début de mars. Des hausses de température soudaine avaient pour effet de créer de fortes migraines chez les membres du comité de la cédule des matches. Afin de maintenir une température constante au niveau de la glace on ouvrait alors les fenêtres près du toit de l`aréna pour laisser s’échapper l’air chaud et celles au niveau du sol pour y laisser entrer l’air froid.

En 1899, quand plus de 7,000 volontaires canadiens s’offraient pour aller combattre la guerre de boers en Afrique du Sud (1899-1902), les présidents Walker, Morris, Edward, eux, s’efforçaient de trouver une solution pour obtenir de la bonne glace même durant les hausse de température. On organisa des activités qui permirent d’accumuler des fonds pour que l’on puisse procéder à des travaux d’excavation et installer un lit de pierres lequel, on le souhaitait, retiendrait une base souterraine frigorifiée (perma-frost).

Au début du siècle, de nouvelles inventions firent entrevoir aux curlers la perspective de jours meilleurs. Marconi utilisait la télégraphie sans-fils pour transmettre un premier message au-delà de l’Atlantique, sans doutes un défi à des curlers Ecossais. Thomas Edison y allait son accumulateur d’électricité, pour garder les balais des curlers bien au chaud évidemment. Les tramway électriques transportaient les curlers, et leurs pierres, aux rencontres inter-club. Pendant ce temps, les curlers mâles expérimentaient avec les nouveaux rasoirs ‘safety’ de Gillette, ce qui eut pour effet de changer irrémédiablement le profil photographique des futurs présidents.

Le 15 janvier 1903, le président R. Lucas et quelques membres du club organisèrent un ‘Banner Night at Lachine’ en l’honneur de deux équipes écossaises qui faisaient partie du premier groupe de curlers à venir d’Écosse visiter le Canada. Ce qui les a le plus impressionné lors de leur arrivée en Amérique de Nord, ce ne fut pas la nouvelle chaîne d’assemblage pour la production des ‘Modèles T’ inventé par Henry Ford ni le fait que les frères Wright aient réussi à voler de leurs propres ailes, mais plutôt les nouveaux cabinets de toilette intérieurs récemment installés au club de curling avec un drain qui s’égouttait admirablement bien vers les égouts municipaux (du moins jusqu’à l’infâme veillée du jour de l’an 1993).

Si les Écossais étaient venus un an et demi plus tard le Canada aurait depuis adopté un nouveau visage. Durant le terme du président G.W. Henry, 1905, la Saskatchewan et l’Alberta étaient devenues des provinces canadiennes. Beaucoup de temps devait s’écouler avant que le nombre de curlers dans ces deux nouvelles provinces dépassent le nombre de bisons qui les habitaient alors.

Durant l’été 1906 on décida d’améliorer le système d’éclairage pour mieux accommoder ceux qui jouaient au curling le soir. On a donc procédé à l’achat de six lampes incandescentes qui furent installées dans l`aréna au coût de 17.75$ chacune. Pour les romantiques on décidera aussi de ne plus fournir d’éclairage artificiel sur la patinoire extérieure les soirs où la pleine lune l’inonderait de sa clarté. Cette année-là les capitaines d’équipes furent élus par les membres, procédé démocratiques qui a depuis subit de sérieux contretemps. En 1907, Sir Robert Baden-Powell fonde l’association du Scoutisme et, par pure coincidence, le président W.O. Ryde invoqua l’importance de la gentilhommerie parmi les participants au sport du curling. Ceci fut probablement la cause du défi lancé par les ‘vieux garçons’ aux curlers mariés pour ouvrir la saison de curling 1908-1909.

Entre les années 1908-1910 alors que G.S. Oliver présidait aux assemblées du conseil administratif du club le nombre de membres masculins augmenta de treize. Comme on ne jouait pas au curling le dimanche et que les ’bonspiels’ étaient souvent compromis par des périodes de radoucissements de la température, une prolifération des membres aurait causé des graves maux de tête au coordonnateurs de la cédule des matches et il fut dès lors recommandé qu`on limite le nombre de membres actifs. Au cours de ces mêmes années les curlers ont pris goût à écouter la musique ‘en boite’ grâce a une nouvelle invention, le gramophone ; les capitaines, plus intellectuels eux, discutaient de la pertinence de la théorie de la relativité énoncé par Albert Einstein vis-à-vis le sport du curling; les suffragettes réclamaient à hauts cris la disponibilité des pistes de glace à parts égales ainsi que l’égalité des sexes dans les établissements d’athlétisme. On a fondé l’Association des Guides, puis le monde fût attristé par le décès de Florence Nightingale, garde-malade et héroïne de renommée internationale.

Durant la saison de curling 1911-1912 les curlers écossais sont revenus. Après une réception au club Forest & Stream de Dorval on les ramèna au club à bord de deux larges traînaux le long des berges du lac St-Louis pour participer à des compétitions amicales. Le tout fut suivi d’un banquet à l’hôtel Lakeview. Sous la présidence de M.M. L.A. Amos et C.de W. Reid, (1912-1914), une nouvelle forme de divertissement, le cinéma de Hollywood, devint fort populaire. Encore une fois, ces nouvelles inventions devaient une cause de maux de tête pour le comité de la cédule des matches à cause des absences fréquentes et des difficultés à localiser des substituts. En 1913, l’exécutif commença à envisager la possibilité de construire un nouveau club lequel serait équipé de trois pistes de glace. On en discutait encore dix ans plus tard.

La ‘grande guerre’ de 1914-1918 vit beaucoup de membres du club s’enrôler dans les forces armées canadiennes pour aller se battre pour leur pays. Un monument en leur honneur a été érigé sur le boulevard St-Joseph entre la 52ième et la 53ième avenue. Les noms des résidents de Lachine qui ont servi y sont inscrits. Plusieurs incidents des années de la guerre ont été retenues dans les annales du club; en 1914 le salaire du préposé à l’entretien des glaces était de 15$ par mois; le coût de location annuelle d’une casier avait passé de 0.25$ quelques années plut tôt à 1.00$; durant le terme d’office de W.S. Johnson (1914-1916) l’inflation a fait passer les frais de cotisation de12.00$ en 1915 à 15.00$ l’année suivante; et on note sur l’agenda des assemblées de l’exécutif l’importance de la cueillette de cigarettes ‘pour les gars au le front’. Une analyse des archives dénote en particulier que le nom du président H. Ralph(1916-1917) était bien ‘H. Rolph’. Ce dernier aura probablement anglicisé son nom alors que les sentiments anti-germaniques étaient à leur paroxysme; on avait même changé le nom de Berlin, Ontario, à celui de Kitchener (et de Berlin, Saskatchewan à celui de Leader).

Comme la fin de l’affreuse guerre des guerres approchait les présidents A. McLean (1917-1918) et A.P. Bastable (1918-1919) encourageaient les curlers de Lachine à envisager une promesse de paix et de prospérité pour le futur alors que pour les jeunes curlers canadiens qui revenaient du conflit international la récompense pour leurs actes de bravoure était le manque d’emplois.

Alors que les curlers célébraient la fin de la guerre une résolution fut adoptée par le club, lors d’une assemblée tenue le 28 décembre 1918, qui se lisait comme suit; ‘A cause des nouvelles restrictions imposées par la ville concernant la loi sur le trafic illicite des boissons et liqueurs alcooliques, en se servira que des liqueurs douces au club le jour de l’an’. L’ère de la prohibition avait considérablement diluée l’honorable tradition au curling du ‘Wee Nip’.

Cependant, les curlers de Lachine avaient. Quand-même, projeté beaucoup d’autre façon de célébrer le 25ième anniversaire du Lachine Skating and Curling Club. Ce fut une occasion pour les membres de se rappeler le ‘bon vieux temps’, en soulignant surtout la contribution majeure au sport du curling d’un ardent supporteur, Albert Dawes.